La question arrive souvent à voix basse : « Je prends un antidépresseur, est-ce que je peux quand même faire du laser ? » La réponse courte est oui, dans l’immense majorité des cas, sans rien changer au traitement. Mais tous les antidépresseurs ne se ressemblent pas, et le seul point qui demande une vraie attention n’est pas celui que l’on croit.
D’où vient l’inquiétude
La notice de certains antidépresseurs mentionne une « photosensibilité », et un laser produit de la lumière : le rapprochement est naturel, d’autant que la prudence vis-à-vis des médicaments photosensibilisants est connue. Elle vaut pour les cyclines ou le millepertuis, mais les antidépresseurs y occupent une place à part : la grande majorité des molécules prescrites aujourd’hui ne posent aucun problème, et celles qui en posent le font d’une façon particulière, visible à l’œil nu.
Les antidépresseurs courants : pas de contre-indication
La sertraline, l’escitalopram, la fluoxétine, la paroxétine, la venlafaxine ou la duloxétine représentent l’essentiel des prescriptions actuelles. Pour ces molécules, les réactions à la lumière sont rares. Une équipe française a décrit trois patients ayant développé une allergie à la lumière sous fluvoxamine et sous paroxétine, en soulignant que la réaction reste exceptionnelle pour des traitements aussi répandus ; son conseil visait la photothérapie et le soleil prolongé, c’est-à-dire les ultraviolets.
En pratique, un patient qui a passé un été sous sertraline sans rougeur inhabituelle ni eczéma des zones découvertes n’a aucune raison de redouter une séance. Il signale son traitement, et la séance se déroule normalement. Un traitement commencé depuis quelques semaines est le seul cas où l’on propose parfois d’attendre, pour le confort et non pour la peau, le temps que les nausées ou les vertiges du début s’estompent.
Les tricycliques : le point qui mérite un examen de la peau
L’imipramine, l’amitriptyline ou la clomipramine appartiennent à une génération plus ancienne, encore prescrite, parfois à petite dose contre des douleurs ou des migraines. Leur particularité n’est pas une brûlure plus facile, c’est une pigmentation. Une revue systématique publiée en 2022 a rassemblé les cas documentés : le plus souvent, une coloration gris-bleu ou brune des zones exposées au soleil, visage, cou, dos des mains et avant-bras, apparue sans aucune gêne après dix ans de traitement en moyenne, à des doses élevées, plus de 200 mg par jour pour l’imipramine, en cause dans huit cas sur dix. Au microscope, ces taches sont des granules déposés dans le derme, qui contiennent de la mélanine.
C’est ce qui intéresse le laseriste : le laser d’épilation vise la mélanine du poil, et une peau qui porte ces dépôts l’absorbe aussi. Traiter une zone pigmentée par le médicament avec des réglages prévus pour une peau claire exposerait à une réaction plus forte que prévu. Le médecin examine donc les zones découvertes avant la première séance et, s’il repère cette coloration, adapte les réglages, réalise un tir-test et, dans le doute, reporte. Une patiente qui prend 10 ou 25 mg d’amitriptyline le soir pour des migraines est très loin de ces doses et de ces durées, et n’a le plus souvent rien de tel sur la peau.
Le millepertuis, l’antidépresseur que l’on oublie de déclarer
Le millepertuis se vend sans ordonnance comme un produit naturel contre les baisses de moral. C’est pourtant le seul « antidépresseur » franchement photosensibilisant de la liste, et beaucoup de patients ne le mentionnent pas en consultation, parce qu’ils ne le considèrent pas comme un médicament. Il se signale exactement comme une prescription, et c’est le médecin qui décide d’un report ou d’une adaptation.
Ce que le laser change, et ce qu’il ne change pas
Les réactions de photosensibilité médicamenteuse sont surtout déclenchées par les ultraviolets A du soleil. Les lasers utilisés pour l’épilation au cabinet, l’Alexandrite à 755 nm et le Nd:YAG à 1064 nm, n’émettent aucun ultraviolet : le risque d’une séance ne se déduit donc pas d’une rougeur apparue sur la plage. Mais une peau plus réactive peut tolérer moins bien la chaleur du tir, et la prudence reste la règle : réglages progressifs, refroidissement et tir-test sur une petite surface avant d’étendre. Sur une épilation laser des avant-bras, zone découverte où une pigmentation médicamenteuse se montrerait en premier, ce test prend tout son sens.
La seconde règle ne souffre aucune exception : on n’interrompt jamais un antidépresseur pour une séance d’épilation. Un arrêt brutal expose à des effets de sevrage et à une rechute, un risque sans commune mesure avec le report d’un rendez-vous. On adapte le laser au traitement, jamais l’inverse.
Ce que l’on met en place au cabinet
Tout commence par la liste des traitements, remplie en consultation préalable, produits en vente libre compris. Le médecin sait quelle molécule compte, examine la peau, et peut échanger avec le prescripteur si une question se pose. Le reste relève du confort : les grandes surfaces se fractionnent, et avec un tricyclique, qui fait parfois baisser la tension au lever, on se relève lentement de la table. Une épilation laser à Rouen en cabinet médical a ici un avantage concret : la personne qui tient la pièce à main est aussi celle qui a lu l’ordonnance.
En résumé, épilation laser et antidépresseur ne s’excluent pas. Les molécules courantes ne posent pas de problème, les tricycliques pris longtemps à forte dose justifient un examen des zones découvertes, le millepertuis se déclare comme un médicament, et rien ne se modifie pour une séance.
FAQ : épilation laser et antidépresseurs
Faut-il arrêter mon antidépresseur avant une séance d’épilation laser ?
Non, jamais, et surtout pas de sa propre initiative. L’arrêt brutal d’un antidépresseur expose à un syndrome de sevrage et à une rechute, un risque bien plus sérieux que le report d’une séance. Une adaptation éventuelle se décide entre le médecin laseriste et le prescripteur.
La sertraline ou l’escitalopram sont-ils photosensibilisants ?
Rarement. Quelques cas isolés de réaction à la lumière ont été publiés avec cette famille, pour des millions de prescriptions. Si vous n’avez jamais eu de rougeur inhabituelle ni d’eczéma des zones découvertes au soleil sous ce traitement, il n’y a aucune raison de redouter une séance. Le traitement se signale, c’est tout.
Je prends de l’amitriptyline à petite dose pour des migraines, est-ce un problème ?
Le plus souvent non. Les pigmentations décrites sous tricycliques sont apparues après des années de traitement à des doses élevées, plus de 200 mg par jour en moyenne pour l’imipramine, très loin des 10 à 25 mg prescrits contre les migraines. Le médecin examine quand même les zones découvertes avant la première séance.
Mon traitement vient d’être commencé ou modifié, faut-il attendre ?
Ce n’est pas une obligation pour la peau, mais c’est souvent plus confortable. Les premières semaines d’un antidépresseur s’accompagnent fréquemment de nausées, de vertiges ou de somnolence, et il est plus agréable d’aborder une séance une fois ces effets passés, surtout sur une grande surface.
Je prends du millepertuis, est-ce que cela compte ?
Oui, c’est même le point le plus important de cette liste. Le millepertuis est franchement photosensibilisant et se signale comme un médicament sur ordonnance. Le médecin décide alors d’un report ou d’une adaptation, et fixe le délai à respecter après un éventuel arrêt.
Faut-il prévenir mon psychiatre ou mon médecin traitant ?
Pas pour une séance ordinaire, puisque rien ne change dans votre traitement. C’est utile si le médecin laseriste a une question sur la molécule ou la dose, ou si une pigmentation inhabituelle est repérée à l’examen : c’est alors lui qui prend contact, avec votre accord.
Article rédigé par l’équipe médicale du NY Center, Rouen.
Dr Nathan Yadun, médecin laseriste et médecin esthétique, diplômé du DIU Européen des lasers médicaux (Faculté de médecine Paris Descartes), membre du CNME, du SNME et de l’AFME, plus de 20 ans d’expérience en médecine esthétique et laser. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/11320 – RPPS 10001965929. Profil LinkedIn.
Dr Flavien Barbier, médecin esthétique et laseriste, titulaire d’un DES de médecine générale (Faculté de médecine de Rouen) et du DU « Les lasers médicaux à visée esthétique » (Université Paris Cité), membre de la SOFMMAA, du SNME et du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/15242 – RPPS 10101612454.
Sources
- Boontaveeyuwat E, Steyn M, Rickaby W, Mcfadden JP, Sarkany RPE, Fityan A. « Tricyclic antidepressant-induced photosensitivity; a case report and systematic review ». Photodermatology, Photoimmunology & Photomedicine, 2022. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/34358364
- Doffoel-Hantz V, Boulitrop-Morvan C, Sparsa A, Bonnetblanc JM, Dalac S, Bédane C. « Photosensitivity associated with selective serotonin reuptake inhibitors ». Clinical and Experimental Dermatology, 2009. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/19817765
Contenu informatif. Il ne remplace pas une consultation médicale ni le suivi assuré par le médecin prescripteur. La compatibilité entre un traitement et l’épilation laser est évaluée individuellement au cabinet. N’arrêtez jamais un traitement sans avis médical.
