Invisible en plein jour, lumineux sous la lumière noire d’une soirée : le tatouage UV a séduit pendant quelques années pour sa discrétion. Ceux qui veulent aujourd’hui s’en défaire découvrent une difficulté inattendue. Un laser de détatouage efface ce qu’il voit, et une encre conçue pour ne pas se voir ne se laisse pas cibler comme les autres. Voici ce que l’on sait de ces encres, ce que le laser peut en faire, et ce qu’il faut vérifier avant de commencer.
Ce qu’il y a dans une encre UV
Deux familles se cachent derrière le même mot. Les encres dites phosphorescentes, qui brillent dans le noir sans lumière, contenaient autrefois des composés au phosphore, toxiques, et ne sont plus utilisées par les tatoueurs sérieux. Les encres UV actuelles sont fluorescentes : elles absorbent les ultraviolets d’une lumière noire et restituent une lumière visible, bleue, verte ou rose. Le colorant fluorescent est dilué dans un support transparent ou blanc, ce qui donne un trait presque invisible de jour, parfois légèrement laiteux ou coloré.
Aucune de ces encres n’a été conçue pour la peau au départ ni évaluée pour cet usage, et plusieurs ont donné des réactions inflammatoires persistantes, comme la réaction granulomateuse décrite dans la littérature dermatologique en 2011. En Europe, le règlement de 2022 sur les encres de tatouage limite un grand nombre de substances, mais il ne dit rien des tatouages faits avant, ni de ceux faits ailleurs avec des encres non déclarées.
Pourquoi le laser voit mal cette encre
Un laser de détatouage fonctionne par absorption : la lumière envoyée est captée par le pigment, qui chauffe et éclate en fragments évacués par l’organisme. Un pigment noir absorbe toutes les longueurs d’onde, un rouge absorbe le vert, un bleu absorbe le rouge. C’est pour cela que chaque couleur a son laser. Une encre fluorescente, elle, est faite pour absorber l’ultraviolet, que les lasers de détatouage n’émettent pas, et pour laisser passer le visible. Elle offre donc peu de prise aux longueurs d’onde habituelles.
À cela s’ajoute un problème très concret : on ne traite bien que ce que l’on voit. Un trait invisible ne se repère pas au fauteuil, et l’on ne sait pas si le tir a porté. Il n’existe à ce jour aucune étude qui mesure la réponse des tatouages UV au laser. Ce que l’on sait vient de l’expérience : la réponse est imprévisible, souvent partielle, et dépend de la composition de l’encre, que le patient connaît rarement.
Le piège du support blanc
Beaucoup d’encres UV sont diluées dans une base blanche au dioxyde de titane, le même pigment que les encres blanches et certains maquillages permanents. Or ce pigment, exposé au laser, peut virer et prendre une teinte grise ou brune. Un tatouage qui ne se voyait pas peut ainsi devenir visible après une séance, ce qui est l’inverse du résultat recherché. Ce risque de virage de couleur impose un test de tir sur quelques millimètres, avec un contrôle quelques semaines plus tard, avant de traiter la moindre surface.
Comment on aborde un tatouage UV au cabinet
La première étape est de le voir. Une lampe de Wood, qui émet des ultraviolets, fait apparaître le dessin et permet de le photographier, de le délimiter et de suivre son évolution d’une séance à l’autre. Elle sert aussi à distinguer les deux cas de figure. Si le tatouage est purement fluorescent, le laser a peu de prise, et il faut le dire clairement avant de commencer. Si l’encre UV a été mélangée à un pigment classique, ou si le tatouage associe un contour visible et un remplissage invisible, la partie visible se traite comme n’importe quel détatouage d’un tatouage de couleur, longueur d’onde choisie selon la teinte, et la partie fluorescente reste incertaine.
Le test de tir répond ensuite à trois questions : l’encre réagit-elle, vire-t-elle, et la peau tolère-t-elle le traitement. Un laser picoseconde, qui fragmente les pigments plus finement, est souvent préféré pour cet essai, à faible énergie. Le contrôle sous lampe de Wood quelques semaines plus tard dit si la fluorescence a diminué.
Ce qu’il faut savoir avant de se lancer
Un tatouage UV qui a déjà réagi, qui gonfle, démange ou forme de petits nodules, n’est pas une cible pour le laser : la réaction se traite d’abord, parfois avec une biopsie et un traitement local, et le laser vient après, s’il vient. Un tatouage UV calme et vraiment invisible pose une autre question, celle de l’utilité : s’il ne se voit pas, le laser risque surtout de le rendre visible. La décision se prend au cas par cas, après le test.
Lors d’un détatouage laser à Rouen au cabinet, chaque tatouage UV est examiné sous lampe de Wood, photographié, testé sur une petite zone, et le patient repart avec une réponse honnête : traitable en partie, traitable avec un risque de virage, ou mieux vaut s’abstenir. Si un recouvrement est envisagé, l’éclaircissement partiel de la composante visible suffit souvent.
En résumé, une encre fluorescente est faite pour échapper à la lumière visible, et c’est précisément avec cette lumière que le laser travaille. Le détatouage d’un tatouage UV n’est donc ni impossible ni garanti : il dépend de l’encre, se décide sur un test, et se surveille sous lampe de Wood. La seule certitude est négative : traiter sans voir ni tester, c’est risquer de révéler ce que l’on voulait effacer.
FAQ : détatouage et tatouage UV
Peut-on enlever un tatouage UV au laser ?
Parfois, et jamais avec certitude. Une encre fluorescente est conçue pour absorber les ultraviolets, pas la lumière des lasers de détatouage, qui ont donc peu de prise. La réponse dépend de la composition de l’encre et se vérifie par un test de tir sur quelques millimètres, contrôlé sous lampe de Wood quelques semaines plus tard.
Pourquoi un tatouage invisible est-il plus difficile à traiter qu’un tatouage noir ?
Parce que le laser efface ce qu’il absorbe. Un pigment noir capte toutes les longueurs d’onde et éclate facilement. Une encre fluorescente laisse passer la lumière visible et ne chauffe presque pas. De plus, un trait que l’on ne voit pas ne se repère pas au fauteuil et ne se contrôle pas sans lampe de Wood.
Le laser peut-il rendre un tatouage UV visible ?
Oui, c’est le principal risque. Beaucoup d’encres UV sont diluées dans une base blanche au dioxyde de titane, qui peut virer au gris ou au brun sous laser. C’est pour cela qu’aucune surface n’est traitée sans un test préalable.
Qu’est-ce qu’une lampe de Wood et à quoi sert-elle ici ?
C’est une lampe à ultraviolets utilisée en dermatologie. Elle fait apparaître le tatouage fluorescent, permet de le photographier et de le délimiter avant le traitement, puis de mesurer d’une séance à l’autre si la fluorescence diminue.
Mon tatouage UV a gonflé et démange, le laser peut-il le retirer ?
Pas dans l’immédiat. Un tatouage qui réagit, avec des nodules ou une inflammation persistante, relève d’abord d’un diagnostic et d’un traitement de la réaction, parfois après biopsie. Le laser n’intervient qu’une fois la peau calmée, et seulement si le test est favorable.
Et si mon tatouage mélange encre UV et encre classique ?
La partie visible, contour noir ou couleurs, se traite comme un tatouage ordinaire, avec la longueur d’onde adaptée à chaque teinte. La partie fluorescente reste incertaine et se teste séparément. C’est le cas le plus fréquent, et souvent le plus favorable, parce que le résultat visible est celui qui compte.
Article rédigé par l’équipe médicale du NY Center, Rouen.
Dr Nathan Yadun, médecin laseriste et médecin esthétique, diplômé du DIU Européen des lasers médicaux (Faculté de médecine Paris Descartes), membre du CNME, du SNME et de l’AFME, plus de 20 ans d’expérience en médecine esthétique et laser. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/11320 – RPPS 10001965929. Profil LinkedIn.
Dr Flavien Barbier, médecin esthétique et laseriste, titulaire d’un DES de médecine générale (Faculté de médecine de Rouen) et du DU « Les lasers médicaux à visée esthétique » (Université Paris Cité), membre de la SOFMMAA, du SNME et du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/15242 – RPPS 10101612454.
Sources
- Schumann T, Peitsch WK, Géraud C, Goerdt S, Leverkus M. « Ultraviolet light tattoo complicated by granulomatous inflammation ». Journal of the American Academy of Dermatology, 2011. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21920233
- Kent KM, Graber EM. « Laser tattoo removal: a review ». Dermatologic Surgery, 2012. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/22092752
Contenu informatif, fondé sur les données publiées et l’expérience clinique à la date de rédaction. Il ne remplace pas une consultation médicale. L’indication et le protocole de détatouage sont évalués individuellement au cabinet après examen et test.
