Une chute à vélo sur le bitume, une glissade à moto, un pétard qui éclate trop près de la main : la plaie guérit, et il reste sous la peau une trace bleu-gris ou noire qui ne part plus. Ce n’est pas une cicatrice au sens strict, c’est un tatouage traumatique. Il se traite avec le même laser qu’un tatouage voulu, souvent avec de bons résultats, à une exception près qui change toute la conduite à tenir.
Ce qu’est un tatouage traumatique
Lors de l’accident, des particules étrangères sont projetées ou frottées dans la peau à travers une plaie : goudron et bitume de la chaussée, gravier, terre, charbon, graphite d’une mine de crayon, limaille de métal, poudre d’un pétard, d’un feu d’artifice ou d’une arme. Si elles ne sont pas retirées dans les premiers jours, l’épiderme se referme par-dessus et elles restent enfermées dans le derme, exactement comme l’encre d’un tatoueur.
On parle aussi de tatouage accidentel. La couleur renseigne peu sur la matière : un même fragment de carbone paraît noir en surface et bleuté quand il est plus profond, parce que la peau filtre la lumière qui en revient. La forme la plus banale est le point gris resté dans la main ou le genou depuis un coup de crayon à l’école.
Pourquoi il ne part pas tout seul
Une fois la peau cicatrisée, ces particules sont trop grosses pour être évacuées par les cellules de défense, qui se contentent de les entourer. Elles restent donc en place pendant des décennies. Aucune crème, aucun gommage, aucun peeling n’atteint le derme, et gratter ne fait qu’ajouter une cicatrice à la trace.
Le seul moment où l’on peut éviter le tatouage est le tout début : un nettoyage soigneux de la plaie, avec brossage sous anesthésie locale si nécessaire, dans les heures qui suivent l’accident et au plus tard dans les deux à trois jours. C’est le travail des urgences. Passé ce délai, la question devient celle du détatouage.
Comment le laser agit sur ces particules
Le principe est celui de tout détatouage : une impulsion extrêmement brève, nanoseconde ou picoseconde, est absorbée par la particule sombre et la fragmente en éclats assez fins pour être éliminés peu à peu par l’organisme. Les particules carbonées, noires ou bleu-gris, absorbent bien la longueur d’onde de 1064 nm, celle que l’on emploie pour le détatouage des tatouages noirs.
Les résultats publiés sont bons. Dans une série de neuf patients traités par laser déclenché, il a fallu de trois à douze séances, et les tatouages dus au bitume et au gravier se sont éclaircis de plus de 95 %. La quantité de matière est en général bien moindre que dans un tatouage professionnel, ce qui joue en faveur du patient. La profondeur, elle, est irrégulière : certaines particules sont à fleur de peau, d’autres très enfoncées, et ce sont elles qui décident du nombre de séances, espacées de six à huit semaines.
La poudre : le cas où le laser peut aggraver
C’est le point le moins connu. Les grains de poudre qui n’ont pas brûlé lors de l’explosion restent combustibles sous la peau. Frappés par une impulsion laser à haute énergie, ils peuvent s’enflammer : de petites explosions se produisent dans le derme, avec des projections et, à l’arrivée, des cicatrices qui n’existaient pas. Le phénomène a été décrit en 2000 par une équipe française après le traitement d’un tatouage à la poudre par laser Nd:YAG déclenché.
Cela ne veut pas dire que ces tatouages ne se traitent jamais. La même série de neuf patients rapporte un éclaircissement moyen proche de 70 % pour la poudre et les feux d’artifice, nettement en dessous du bitume. Cela impose une règle : aucun traitement d’emblée sur toute la zone. On commence par un tir-test sur quelques points, à faible énergie, et l’on observe la réaction immédiate puis la cicatrisation. Si la peau éclate ou si des projections apparaissent, on s’arrête et l’on discute d’une autre technique avec un chirurgien.
Ce que l’on vérifie avant la première séance
Le détatouage ne commence qu’une fois la plaie complètement cicatrisée et la cicatrice calmée, ce qui demande plusieurs mois après l’accident. La consultation répond ensuite à trois questions. Que contient la peau : le récit de l’accident le dit le plus souvent, et un doute sur un éclat métallique justifie une radiographie ou une échographie. Y a-t-il un fragment que l’on sent sous le doigt : il relève alors d’une petite extraction chirurgicale, pas du laser. Dans quel état est la peau : une cicatrice épaisse ou en relief, un phototype foncé ou un bronzage récent modifient les réglages.
Ce que le laser ne fera pas
Le laser enlève les particules, il ne répare pas la peau. Si l’accident a laissé une cicatrice blanche, creusée ou en relief, elle sera toujours là une fois la couleur partie, parfois plus visible qu’avant parce que plus rien ne la masque. C’est un traitement distinct, à discuter séparément. Les particules les plus profondes peuvent aussi laisser une ombre résiduelle, et une zone plus claire que la peau voisine peut apparaître, le plus souvent de façon transitoire.
En pratique, un tatouage traumatique dû au bitume, au gravier ou au graphite répond bien et relève, après examen, d’un détatouage laser à Rouen classique. Un tatouage à la poudre demande un tir-test et de la retenue. Dans les deux cas, plus le récit de l’accident est précis, meilleure est la décision.
FAQ : détatouage d’un tatouage traumatique
Un tatouage traumatique peut-il disparaître tout seul ?
Non. La trace peut pâlir un peu pendant les premiers mois, le temps que les particules les plus superficielles partent avec les croûtes, puis elle ne bouge plus. Celles qui sont enfermées dans le derme y restent pendant des décennies, comme une encre de tatouage.
Combien de séances faut-il pour enlever du goudron sous la peau ?
Souvent moins que pour un tatouage professionnel, parce que la quantité de matière est plus faible. Une série publiée rapporte de trois à douze séances selon les cas. C’est la profondeur des particules qui décide, et elle ne se connaît vraiment qu’après la première séance.
Pourquoi un tatouage à la poudre est-il plus délicat à traiter ?
Parce que les grains de poudre non brûlés restent combustibles. Sous l’impulsion du laser ils peuvent s’enflammer dans le derme et laisser des cicatrices. On ne traite donc jamais d’emblée toute la zone : un tir-test à faible énergie sur quelques points précède toute décision.
Combien de temps après l’accident peut-on commencer le laser ?
Il faut attendre que la plaie soit complètement cicatrisée et que la cicatrice ne soit plus inflammatoire, ce qui prend plusieurs mois. Si l’accident vient d’avoir lieu, la priorité est ailleurs : faire nettoyer la plaie aux urgences dans les heures qui suivent.
Le laser efface-t-il aussi la cicatrice de l’accident ?
Non. Le laser de détatouage fragmente les particules sombres, il ne modifie pas le relief ni la texture de la peau. Une cicatrice blanche, creusée ou épaisse reste visible une fois la couleur partie et relève d’un autre traitement, évalué séparément.
Un gravier que l’on sent sous la peau se traite-t-il au laser ?
Non. Le laser agit sur des particules fines dispersées dans le derme. Un fragment palpable, gravier ou éclat de métal, doit être localisé puis retiré par une petite intervention. Le laser peut ensuite traiter la coloration qui persiste autour.
Article rédigé par l’équipe médicale du NY Center, Rouen.
Dr Nathan Yadun, médecin laseriste et médecin esthétique, diplômé du DIU Européen des lasers médicaux (Faculté de médecine Paris Descartes), membre du CNME, du SNME et de l’AFME, plus de 20 ans d’expérience en médecine esthétique et laser. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/11320 – RPPS 10001965929. Profil LinkedIn.
Dr Flavien Barbier, médecin esthétique et laseriste, titulaire d’un DES de médecine générale (Faculté de médecine de Rouen) et du DU « Les lasers médicaux à visée esthétique » (Université Paris Cité), membre de la SOFMMAA, du SNME et du Cercle des bonnes pratiques en médecine esthétique. Ordre des Médecins de la Seine-Maritime N°76/15242 – RPPS 10101612454.
Sources
- Moreno-Arias GA, Casals-Andreu M, Camps-Fresneda A. « Use of Q-switched alexandrite laser (755 nm, 100 nsec) for removal of traumatic tattoo of different origins ». Lasers in Surgery and Medicine, 1999. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/10602138
- Fusade T, Toubel G, Grognard C, Mazer JM. « Treatment of gunpowder traumatic tattoo by Q-switched Nd:YAG laser: an unusual adverse effect ». Dermatologic Surgery, 2000. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/11096395
Contenu informatif. Il ne remplace pas une consultation médicale, et une plaie récente souillée relève d’une prise en charge en urgence. L’indication, les réglages et le nombre de séances sont évalués individuellement au cabinet.
